mardi 27 août 2013

Upside Down

Et l’OFNI de l’année est une production franco-canadienne, réalisée et scénarisée par un… argentin. Enfin OFNI de l’année 2012 vu que c’est l’an dernier qu’il est initialement sorti, mais vu le bestiau il peut bien obtenir le titre sur deux années consécutives. Après le niaiseux Les Âmes Vagabondes, voilà à nouveau un film qui mêle science-fiction et romance. Ce n’est pas très original mais le reste du concept de Upside Down est somme toute inédit. Un monde sans dessus-dessous est au programme et la réalisation sera à l’avenant. Je pense que tout le monde aura eu l’occasion de voir quelques images et le concept, basé sur des gravités inversées et des gens qui vivent au sol, d’autres au plafond, est intriguant. Ce qui est à la base une banale fiction légèrement dystopienne racontant une histoire d’amour sommaire va bien vite se transformer en un film d’une originalité sans bornes qui a su, à l’instar de films comme Time Out, se créer son propre univers régi par ses propres codes. On s’accroche et on prépare son cou et ses yeux car il va falloir sans cesse regarder en haut. Ou en bas. Ou les deux à la fois.

Dans un système solaire éloigné du nôtre, deux planètes sont liées entre elles mais chacune d’entre elles est régie par ses propres lois de gravité. Il y a donc un monde « En-Haut » et un monde « En-Bas », séparés par seulement quelques mètres sur les points culminants. Tout ce qui vient d’une planète (matières et personnes) est uniquement affecté par la gravité de sa planète d’origine, et ne peut donc pas perdurer sur l’autre planète sous peine de causer des difficultés d'attraction gravitationnelle voire pire, de brûler. Les deux mondes sont donc séparés, et les riches vivent En-Haut tandis que la population d’En-Bas est pauvre et bien peu considérée par ceux d’En-Haut. Adam (Jim Sturgess), habitant d’En-Bas, sympathise avec Eden (Kirsten Dunst) qui vit En-Haut, à l’occasion de ballades en montagne. Les deux tourtereaux entament une liaison qui est bien sûr interdite. Repérés pendant un flirt, les deux amoureux vont être séparés et Eden va subir une violente chute, Adam la croyant alors morte. 10 ans plus tard, ce dernier va pourtant apprendre qu’elle est vivante via une émission de télévision. Pour se rapprocher d’elle et la reconquérir, Adam va se faire embaucher au sein d’une puissante entreprise qui a la particularité de faire travailler à la fois des gens d’En-Haut et d’En-Bas au sein d’un bâtiment qui relie les deux planètes. A l’aide d’un collègue de travail d’En-Haut, Bob (Timothy Spall), Adam va alors infiltrer le monde d’En-Haut…

 
Upside Down est un film scientifique dans le sens où il invente ses propres lois de physique gravitationnelle pour expliquer les différences entre les deux mondes. Le tout est expliqué dans l’introduction du film et d’autres détails sont distillés tout au long du film. Et bien que je sois loin d’être un spécialiste en physique gravitationnelle, certains trucs sont quand même illogiques et incohérents et plusieurs fois on s’exclamera « mais comment c’est possible ! ». De nombreuses questions se posent (je ne vais pas rentrer dans les détails mais un exemple : si le gag de l’urine qui va au plafond lorsque qu’un gars d’En-Bas pisse quelque part En-Haut est pris de but en blanc, il se pose la question du reste des liquides corporels : le sang devrait remonter à mort au cerveau et les jambes ne seraient plus trop irriguées…), et n’importe quel physicien s’arrachera les cheveux à plusieurs reprises. Enfin bref, ce n’est qu’un film après tout… et de par l’existence d’un film cumulant les aberrations scientifiques comme Fusion - The Core, on est prêts à tout pardonner. D’autant que Upside Down est un film plutôt fantastique voire même onirique. Et c’est là que ça fonctionne, car Juan Solanas a vraiment réussi à créer son univers avec ses lois bien particulières, et le concept est exploité à fond, au centre de la plupart des pérégrinations du héros du film, Adam. C’est totalement WTF, mais on se laisse vite emporter au sein de ce monde incroyable et sidérant.

Surtout que l’argentin, inconnu au bataillon, sait y faire au niveau des images qui sont souvent monumentales et superbes, quoiqu’un peu artificielles. Les prouesses techniques ne sont pas loin, notamment lorsque les gens d’En-Haut et d’En-Bas cohabitent au plus près. D’autres devraient en prendre de la graine et Upside Down prend finalement une tournure assez fantastique, plus que de Science-Fiction vu que la « Science » est tout de même bafouée dans ses grandes largeurs. C’est beau et léché et servi par un ensemble d’idées malines et bien exploitées au service du concept de gravitations inverses. On suit avec plaisir les différentes facéties d’Adam, servi par un excellent Jim Sturgess parfaitement taillé pour le rôle. L’acteur vu dans Cloud Atlas plus tôt cette année porte le film à lui tout seul, et étrangement Kirsten Dunst n’a pas grand-chose à faire. Timothy Spall, dans le rôle du débonnaire collègue de travail d’Adam, est une des bonnes surprises du film. Film qui ne brille pas forcément par son scénario, surtout prétexte aux nombreuses scènes qui font intervenir les concepts gravitationnels, et qui souffre de quelques trous ou raccourcis surtout sur la fin. Ceci se fait donc au détriment de la romance, qui en reste à l’essentiel et ne part pas dans le dégoulinant, mais aussi au détriment de l’aspect « social » du film avec les gens d’En-Bas qui sont mis au ban de la société. Mais bon, on est pas chez Neill Blomkamp non plus et Upside Down reste un film léger et coloré de science-fiction fantastique et onirique, quasi-hallucinatoire, qui au final tient ses promesses.


De légères faiblesses font qu’Upside Down ne peut pas viser plus haut que le titre du film le plus original de l’année. Mais pour cet aspect, le film franco-canado-argentin est une réussite totale. Passés les exagérations scientifiques de rigueur qui rendent dubitatifs sur le concept, Juan Solanas a su exploiter l’univers onirique qu’il a créé à la perfection, avec des idées et des scènes finalement excellentes, portées par un Jim Sturgess au meilleur de sa forme. Et la beauté de l’ensemble ne peut laisser indifférent, de même que la pure création qui semble tout droit sorti de l’esprit d’Ariane dans Inception. Un film au concept inédit et prenant, qui réserve un lot de bonnes surprises et qui possède plusieurs degrés de visionnage, selon qu’on s’intéresse à l’histoire, aux images ou aux concepts de gravitation qui sont exploités à fond (même si des détails posent des questions légitimes). Un super film assez inclassable et transgenre, qui dépasse le stade de simple curiosité et mérite d’être vu par tout le monde, ne serait-ce que pour apprécier le talent de Juan Solanas pour créer quelque chose de résolument original.
Note : 8/10

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